Open Source / Open Course
From CopyCult
Plan pour présentation à Open Source / Open Course, Ecole Recherches Graphiques, Bruxelles - 10/04/2008
- Constant Arts et Technologies, la plupart des artistes que ns montrions utilisaient des materiaux visuels et sonores -> quid du droit d'auteur?
- Le probleme politique du droit d'auteur: les exceptions
- L'organisation des societes de gestion/collecte et repartition
- Le controle de la technologie
- Une societe de surveillance
- Le monopole des outils
Présentation générale de Constant
(-> image de la homepage)
Constant est une asbl bruxelloise, créée en 1997, qui situe son activité dans les pratiques culturelles et artistiques en lien avec les nouvelles technologies. Dans ce cadre nous nous intéressons particulièrement à tout ce qui favorise l'accès libre et non-discriminatoire à ces technologies. Cela nous amène à nous poser des questions comme "Pourquoi si peu de femmes dans les métiers de l'IT"? "Comment les langages informatiques nous amènent à penser d'une manière plutôt qu'une autre?" Ou "Comment le web se transforme-t'il aujourd'ui en une grande industrie de surveillance?" Mais aussi, et c'est ce dont je parlerai aujourd'hui, "comment peut-on échanger librement ses créations en utilisant les technologies digitales?"
(rem:Constant organise un festival annuel qui s'intitule Jonctions-Verbindingen.)
Pour situer concrètement nos questions par rapport au droit d'auteur, je prendrai trois anecdotes en apparence banales mais qui me semblent révélatrices de la situation actuelle: des colleurs d'affiche d'Act Up Paris mis en garde à vue, une sonnerie de GSM qui se met en marche au cours d'un documentaire et un acteur d'un film qui siffle l'Internationale.
Votez Le Pen?
Il y a deux ans, une action d'ActUP Paris nous donnait un exemple d'une réappropriation d'image dans une de ses campagnes: une image de Nicolas Sarkozy sous-titrée "Votez Le Pen" qui visait à dénoncer la politique d'immigration du ministre et ses effets sur les sans-papiers malades du sida . Dénoncer le politicien à travers sa propre image, le dé-nommer à travers sa propre image. En effet, personne de chez ActUP n'envisage de faire une contrefaçon de l'image de Sarkozy, ni de faire croire que Sarkozy appelle vraiment à voter Le Pen. C'est de toute évidence une fausse affiche, mais qui s'interroge sur la vraie source de la parole politique. Qui parle? Sarkozy ou Le Pen à travers Sarkozy? Il s'agit bien de tracer la généalogie d'un discours. D'où viennent les justifications que tu donnes à ta politique? Qui est l'auteur de tes propos? Ce que dit cette image, c'est Sarkozy tu recycles le discours de Le Pen.
Mais à cette campagne, ce n'est pas le politicien qui répondit. C'est le droit d'auteur.
un extrait du site d'Act Up à l'époque de la campagne
Plusieurs personnes d’Act Up qui collaient cette affiche cette semaine ont été interpellées et menées dans des commissariats pour des contrôles d’identité à la limite du temps maximum autorisé. L’affiche a même du être retirée du site internet d’Act Up sous les menaces d’un grand cabinet d’avocat agissant officiellement au nom du photographe auteur du cliché.
http://www.actupparis.org/article2304.html
From http://1libertaire.free.fr/ un extrait du site 1libertaire qui a continué à diffuser l'image
Qui plus est, nous sommes tout de même en droit de nous demander quel rôle réel a joué l'UMP dans cette plainte pour le moins opportune pour violation du « droit d'auteur » qui permet de bâillonner l'une des voix qui dénoncent le recyclage des idées d'extrême-droite dans la politique du ministre de l'Intérieur, en particulier, et de la droite en général (comme l'a souligné l'édition de la semaine dernière du Canard enchaîné). C'est en tout cas ce que pourrait laisser entendre l'arrestation aujourd'hui même de plusieurs membres du 9e collectif en rapport avec cette campagne.
http://1libertaire.free.fr/AfficheSarkoLePen.html
Cet exemple nous semble emblématique de ce qui se joue lorsque l'on entreprend aujourd'hui de détourner une image, de remonter à la source d'un discours. Qui est l'auteur de cette politique demande ActUP à l'icone de Sarkozy? Je suis l'auteur de cette image répond le photographe. L'auteur de l'image fait écran à l'auteur du discours.
L'adhérent sifflotteur
Pierre Merejkowsky, dans son film Insurrection Résurrection, sifflotte pendant sept secondes l'air de l'Internationale. Son film est diffusé dans de petites salles et pour une audience plutôt modeste (en taille). Lors de sa sortie, "La SDRM, société civile de droits d'auteurs, exige du producteur "les films Sauvages" qu'il verse une somme de mille euros étant donné qu'il a omis de déclarer que ce sifflotement constituait une exploitation d'une musique enregistrée par la firme "le Chant du Monde"".
Dans un article qui s'interroge sur ce que peut encore signifier le droit de citation, le cinéaste nous donne aussi de précieuses informations sur le fonctionnement "démocratique" des sociétés de gestion collectives.
"Face à une clochardisation manifestemement assumée par les Conseils d'Administration des sociétés d'auteur qui ne versent des droits d'auteur qu'en fonction du nombre de spectateurs et donc de l'AUDIMAT, je revendique le droit de siffloter pendant sept seconds l'Internationale dans un film et si dans les AG des droits d'auteur, au lieu de ma seule voix (ou vingt cinq voix dans le cas de la SCAM) je disposais de cent voix comme les auteurs qui passent sur les grandes chaînes de télé commerciales ou publiques ou privées et qui siègent démocratiquement au conseil d'administration puisqu'ils possèdent cent voix, il me serait possible:
1) de proposer que tous les citoyens puissent être autorisés à siffloter l'Internationale dans un film et dans une manifestation sur la voie publique, voir même dans les couloirs des hôtels particuliers acquis en toute légalité par le versement des dites taxes.
2) de demander qu'un revenu garanti minimum soit versé à chaque sociétaire indépendament du nombre de spectateurs et donc du marchand de canons qui possède ainsi que vous le savez l'ensemble des circuits de diffusion mais mon point de vue est sans doute bien éloigné des Beaumarchais et autre Pottier ainsi que vous ne manquerez pas de me le faire remarquer du haut de vos estrades et de votre Immninent Savoir que justifie la diffusion de Vos Oeuvres sur les Grands Circuits de Diffusion."
En Belgique
Cette remarque sur les sociétés de gestion françaises, nous amène à nous questionner sur les nôtres. Quelles sont-elles en Belgique? Quelles affaires ont occupé l'actualité récemment?
En Belgique comme ailleurs, les sociétés de gestion de droit d'auteur ont effectué un travail important pour la rémunération des artistes et une prise en compte de leur situation sociale. Néanmoins, elles sont régulièrement accusées de manquer de transparence. Ainsi l'URADEX chargée de redistribuer les droits des artistes-interprètes(1) annonçait à ses membres en 2005 qu'ils devraient attendre 5 ans avant de recevoir leur argent. Certaines des sommes dues ont pourtant déjà été collectées depuis 1995. Aujourd'hui, l'ex-ministre de la Justice a fini par trancher au terme d’une procédure ouverte en 2002: à partir de février 2008, l'URADEX perdra la licence qui lui permet d'exercer ses activités. Je cite l'information divulguée sur le site internet de la SAJ (la Société de droit d’Auteur des Journalistes): "Parmi les griefs adressés à Uradex, le plus important est sans doute de ne pas avoir suffisamment versé aux auteurs l’argent qui aurait dû leur revenir. L’arrêté ministériel relève ainsi que de 1995 à 2004 Uradex aurait comptabilisé à son chiffre d’affaires une perception de 45,8 millions d’Euros alors que les sommes effectivement payées se monteraient à 0,55 million d’Euro. Uradex, de son côté, conteste les motifs invoqués par le ministre." [1] (http://www.saj.be/fr/infos/infos.htm)
Cette pratique qui consiste à s'asseoir sur des mannes financières est-elle un trait distinctif des sociétés de gestion? Vendredi dernier, le quotidien De Tijd titrait en une: "Sabam accusée de détournement et blanchîment". Le jude d'instruction, Frédéric Lugentz, au terme d'une enquête commencée en 2004 a inculpé le management de la Sabam, dont Jacques Leduc, président du conseil d'administration, et Paul Louka, administrateur-délégué. La SABAM aurait détourné de l'argent via la Caisse d'Entraide et de Solidarité vers laquelle 5 millions d'euros sont déplacés chaque année. Ce fonds s'appuie en outre, selon le Tijd, sur un ensemble d'investissements de 47 millions d'euros. L'accusation s'aggrave entre autre du motif de corruption de fonctionnaire de l'administration des finances. Au-delà des questions de transparence, ce qu l'on peut apprendre de ces sociétés est qu'elles gèrent des flux financiers extrêmement importants.
Ce qui s'est amplifié récemment encore. En effet, leur évolution dans le droit fil de la mondialisation des échanges de produits culturels ne laisse pas d'inquiéter. Les sociétés de gestion de droits sont à présent devenues autant des sociétés d' "éditeurs" que des sociétés d'auteur(2). Lu dans Le Soir: Selon les termes d'un accord passé avec Universal Music, d'une durée de trois ans, la Sabam va centraliser la perception des droits sur chaque disque pressé par la plus grande des « majors ». À partir du premier juillet 2004, chaque disque mis sur le marché européen par Universal occasionnera la perception d'un droit "baptisé droit de reproduction mécanique" d'un montant approximatif de un euro, sur lequel la Sabam prélèvera une commission de 7,32 %. Au total, la Sabam devrait engranger un chiffre d'affaires approximatif de 100 millions d'euros par an."
Il est compréhensible que ces sociétés, dès lors, tendent à perdre de vue les petits intérêts des petits auteurs qui n'offrent pas un deal de cette ampleur. Et fonctionnent main dans la main avec les multinationales de l'industrie culturelle dont la concentration se fait chaque jour plus forte: les éditeurs musicaux aujourd'hui se comptent sur une main(4 compagnies couvrent plus de 70% du marché). Dans le concert bruyant du catalogue des Majors, comment entendre encore le souffle frêle d'un adhérent siffloteur?
Et pour quelques histoires tristes de plus
Le paysage des media a changé énormément ces dernières années d'une manière qui pose de nombreux problèmes aux sociétés de gestion. D'un système médiatique de type centralisé dont la télévision est l'exemple caractéristique, nous passons graduellement à un système décentralisé dont l'exemple caractéristique est internet. Dans le premier cas, le contrôle est simplifié puisque toutes les personnes qui veulent accéder à l'information doivent se connecter au même point. Dans l'autre, elle devient difficile car chaque personne connectée peut se connecter à n'importe quel point et distribuer l'information vers n'importe quel autre (en théorie). Elles étaient habituées à traiter avec un public de masse dans un cadre où la démarcation entre l'usage des medias pour lire, c'est-à-dire, dans leur chef, consommer, et écrire c'est-à-dire créer, produire et diffuser, était claire. Elles se retrouvent face à des multitudes, auto-organisées, qui assurent une distribution des media par la copie qui est plus efficace que celle des majors et qui utilisent ce matériau non seulement pour le voir ou l'entendre, mais aussi pour le sampler, l'intégrer comme footage dans des films faits maison, comme matériau de collage, etc.
Pour créer une culture qui, comme l'écrit Jacques Derrida, peut, d'un même geste, lire et écrire.
Les sociétés de gestion collectives se trouvent ainsi débordées comme si soudain tout le monde pouvait aisément contourner leur barrière en faisant un léger détour. Face à cet état de fait, elles réagissent agressivement comme toute entreprise dépassée par la situation: elles tirent dans le tas. Elles cherchent à faire des exemples.
la multiplication des procès contre les utilisateurs
Cela commence par une rigidité plus grande par rapport à des usages jusque là tolérés. Des élèves qui chantent Au Revoir Monsieur Le Professeur (http://www.maitre-eolas.fr/2006/07/21/403-adieu-monsieur-le-professeur-bonjour-madame-la-sacem) à une soirée d'adieu, Akela qui chante Il s'Appelait Stewball à ses scouts ou simplement d'un documentaire sur Martin Luther King interdit de diffusion parce qu'on y chante Happy Birthday To You et que les droits payés pour l'utilisation de cette chanson sont arivés à expiration.
Cela se poursuit avec une accumulation spectaculaire de procès et de poursuites juridiques. Le web devient un champ de bataille. Au point que la magistrature allemande s'inquiètait de ne pas trouver de personnel suffisant pour se charger des 20.000 plaintes pour téléchargement illégal de jeux qu'on lui a annoncé.
Mais cette chasse à l'internaute et au public a un coût élevé.
Le fil barbelé des sociétés de gestion
Les sociétés de gestion collectives se trouvent ainsi placée devant le même problème que les fermiers du Far West qui voulaient tracer les limites de leur propriété privée. Marquer les limites de leur territoire et les surveiller se révélait extrêmement coûteux, car ils devaient construire des kilomètres de murs ou de palissades, placer des hommes tout le long, etc. Ceci jusqu'au jour où est arrivé une solution providentielle et bon marché: le fil de fer barbelé.
Quel serait le fil barbelé des sociétés de gestion? Les mesures juridiques. En effet, faire adopter de nouvelles mesures juridiques qui brident les lecteurs, taxent les ordinateurs, responsabilisent les hébergeurs, etc. permettent aux sociétés de gestion collective de faire porter le coût de la surveillance par d'autres acteurs qu'eux.
l'implémentation de l'EUCD(4)
L'EUCD (European Union Copyright Directive) tend à limiter l'usage que nous pouvons faire des biens culturels fixés sur support digital légalement acquis. Une protection technique limite l'accès aux chansons, films achetés. Et cette protection technique bénéficie elle-même d'une protection juridique. Ainsi des actes comme
- graver ses propres compilations à partir d'un CD,
- extraire son morceau favori pour l'écouter sur son ordinateur,
- le transférer vers un baladeur MP3, prêter un CD à un ami,
- lire un DVD avec un logiciel libre ou bien le dupliquer pour en disposer à la fois chez soi et dans sa maison de campagne.
Autant de pratiques très répandues, et parfaitement légales sont chaque jour plus limitées. La dernière implémentation de cette directive est la DADVSI en France qui ouvre la possibilité de mettre un "gendarme dans chaque ordinateur".
La surveillance du réseau
http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39371392,00.htm
Exemples récents:
Selon Zdnet, le 17 juillet 2007:
Les fournisseurs d'accès à internet (FAI) en Belgique sont sous pression. La Sabam exige qu'ils filtrent les échanges de musique illégaux réalisés via les réseaux peer-to-peer. Elle cherche à tirer profit d'une décision judiciaire rendue fin juin par un tribunal de Bruxelles, lui donnant raison face au FAI Scarlet (anciennement Tiscali).
Les juges ont ordonné à ce FAI de mettre en place des mesures techniques de filtrage pour stopper l'envoi ou la réception par les réseaux P2P de fichiers contrefaits, appartenant au répertoire de la Sabam. Scarlet a six mois pour s'exécuter, sous peine d'une astreinte de 2.500 euros par jour.
Le 10 avril 2008:
Un vote au parlement européen évite l'adoption du concept de riposte graduée promu par la France. A l'heure où on parle de démocratie électronique, d'identité numérique, de portails administratifs, de réseaux sociaux, d'enseignement à distance, cette mesure vise à supprimer la connexion à internet d'un individu et le mettre sur liste noire pour un an si il est reconnu coupable de téléchargement illégal. Dans le monde actuel cela revient à lui refuser toute vie numérique citoyenne et sociale, voire professionnelle.
Pour le bien des auteurs et des éditeurs faut-il que tout un chacun devienne un criminel? Qu'on suspecte chaque fichier? Que l'on restreigne l'accès aux biens culturels légalement acquis? Que l'on limite les possibilités de transmission du patrimoine? Faut-il que les auteurs soient des écrans entre les images et leurs contenus?
Le monopole des outils
Les logiciels que nous utilisons pour creer appartiennent a une poignee d'editeurs. La maniere dont ils sont penses, leur prix, ce qu'ils permettent de faire et de ne pas faire ne sont pas controles par les utilisateurs. Il faut chercher une nouvelle alliance entre les utilisateurs et les developpeurs -> les logiciels libres pour la creation.
pas en notre nom!
Nous pensons qu'il est urgent de trouver des formules alternatives. C'est pourquoi à Constant nous nous sommes intéressés aux perspectives nouvelles qui s'étaient créées dans le monde de l'informatique, via le mouvement du logiciel libre et de leur adaptation au monde culturel.
Le copyleft et la General Public License
La GPL(Licence Publique Générale) a été créée par Richard Stallman, de la Free Software Foundation, en 1983 et adoptée par les informaticiens du logiciel libre.
Celle-ci garantit sans équivoque:
* le droit d'utiliser un logiciel sans contrainte(on peut utiliser un programme pour n'importe quel usage), * le droit d'étudier(on peut apprendre comment le programme fonctionne), * le droit de copier, * de modifier * et de distribuer des copies gratuitement ou commercialement.
Ces caractéristiques en font une licence copyleft, c'est-à-dire une licence “tous droits renversés”(all rights reversed).
La GPL implique une généalogie. Pour comprendre le sens du mot “généalogie” dans ce contexte, il est nécessaire de savoir que le copyleft n'est pas la négation du droit d'auteur. Il est une reformulation de la manière dont le droit d'auteur est appliqué. Parce que je suis l'auteur d'une oeuvre, je puis attribuer par contrat à mes utilisateurs plus de libertés que la loi ne leur en donne par défaut. Pour pouvoir autoriser des usages supplémentaires sur une production, il faut en avoir la propriété. Et dans le domaine des biens intellectuels, cela signifie en être l'auteur(ou avoir les droits équivalents à ceux de l'auteur). Ces droits supplémentaires sont attribués à une seule condition: que la même liberté d'utilisation soit garantie pour toute oeuvre dérivée de celle qui est mise sous copyleft. On ne peut donc pas mettre sous copyleft une oeuvre dont on n'a pas les droits(on ne peut pas "blanchir" une oeuvre) et on ne peut pas restreindre les autorisations qui ont été données à l'usage d'une oeuvre libre, ni pour elle, ni pour les oeuvres dérivées(on ne peut pas mettre sous copyright une oeuvre sous copyleft). Une oeuvre généalogique en informatique est donc un ensemble de petits programmes combinés pour créer un nouveau programme. La contrainte à laquelle on est tenu lorsqu'on fait ce genre d'oeuvre est de mentionner les auteurs des différents petits programmes(pour que l'on puisse remonter jusqu'à ces auteurs) et de donner l'adresse web à laquelle on peut trouver ces différents petits programmes.
Dans le contexte où le copyleft a vu le jour, le monde de l'informatique, la réutilisation du code est un enjeu fondamental. Les programmeu/r/se/s écrivent du code générique sur lequel les autres peuvent construire des applications de plus haut niveau. Sans cela, il faudrait à chaque nouveau programme réinventer la roue. Ainsi offrir une base de code ouvert représente un énorme avantage, celui de permettre aux informaticien/ne/s de consacrer leur temps à l'écriture de ce qui reste à écrire plutôt qu'à ce qui est déjà écrit.
Voilà comment des programmes aussi raffinés que le système d'exploitation Linux, le server web Apache ont vu le jour. D'ailleurs, la machine sur laquelle j'ai réalisé cette présentation fonctionne uniquement sous logiciels libres.
Le copyleft tel qu'il est défini par la GPL recouvre donc un ensemble de choses: à la fois une technique juridique (réappropriation du droit d'auteur), et une méthode de dissémination(la généalogie).
La culture libre
Pour bon nombre d'artistes/acteurs culturels qui ont cherché à articuler une proposition différente par rapport au droit d'auteur, l'existence des réseaux, de logiciels libres et les pratiques d'échange qu'ils supposaient ainsi que la licence GPL a constitué une inspiration formidable. Au début des années 2000, le monde de la culture et des arts a commencé à vouloir transposer, adapter les idées et les outils juridiques à ses pratiques. Des outils gratuits et libres pour la création interactive ont vu le jour à un rythme sans cesse accéléré. Des réseaux de distribution alternative ont vu le jour. Et des créations qui empruntent le modèle de la généalogie, qui reposent sur la copie volontaire et les réseaux ont commencé à se répandre. Ce mouvement a été nommé par Lawrence Lessig, la Free Culture, culture libre.
Avant d'aller plus avant dans sa découverte, je voudrais insister sur plusieurs choses. Ce mouvement est décentralisé et pluraliste. Il n'est pas gouverné par un leader quelconque, même si des voix influentes se font entendre. Il n'est pas limité géographiquement ni politiquement. On peut trouver son discours relayé par la voix d'un milliardaire africain, des institutions muséales, le ministre de la culture brésilien, des entreprises cotées en bourse, des activistes altermondialistes, et des milliers d'internautes de tout genre et de toutes races. Enfin, les projets qui naissent en son sein ne retiennent pas souvent la distinction entre un art savant ou cultivé et un art populaire. Ils supposent une participation plus ouverte et débouchent peu souvent sur une unité de bon goût. Leur intérêt principal étant la dynamique culturelle et sociale qu'ils génèrent.
La Licence Art Libre
Près de nous, en France, la licence Art Libre a été conçue par un collectif, Copyleft Attitude, composé plus d'artistes que de juristes. Cette licence très proche dans sa philosophie de la GPL a été appliquée depuis 2000 dans de nombreux projets collaboratifs en France, en Belgique, dans la francophonie en générale et depuis peu dans les pays latins.
La licence Art Libre autorise la copie, la redistribution, la modification même commerciale pour autant que les oeuvres originales soient mentionnées et leurs auteurs crédités. Les oeuvres dérivées doivent accorder les mêmes libertés.
Copyleft Attitude cherchait/e dans la GPL un outil de transformation culturelle plutôt qu'un moyen commode pour faciliter la diffusion d'une oeuvre. Le monde de l'art (la diffusion de la culture) était perçu comme entièrement dominé par la logique marchande, les monopoles et les diktats émis depuis des cercles fermés. Copyleft Attitude voulait renouer avec une pratique artistique qui n'était ni centrée sur l'auteur, qui encourageait la participation plutôt que la consommation, et qui brisait le mécanisme de la rareté qui est à la base des processus d'exclusion dans le monde artistique en fournissant le moyen d'encourager diffusion, multiplication, etc. Les auteurs sont invités à créer des matériaux libres sur lesquels d'autres sont invités à travailler. Les auteurs sont invités à recréer une origine artistique à partir de laquelle une généalogie d'oeuvres libres peut se déployer.
Les pratiques liées à la licence Art Libre sont des pratiques d'atelier. Des moments de travail partagés dans la vie réelle. La licence Art Libre a été créée par des artistes qui voulaient partager des processus et des oeuvres qui ne se limitaient pas au domaine digital.
Les Creative Commons
Créées en 2001, par une équipe essentiellement académique (juristes, scientifiques, entrepreneurs et un cinéaste documentaire) regroupée autour du juriste Lawrence Lessig, soutenues par une fondation et plusieurs universités, les CC sont des licences inspirées de la GPL en y apportant de nombreuses nuances. Les CC se présentent comme "les garants de l'équilibre, du compromis et de la modération", comme “l'étendue des possibilités entre le tout-copyright — tous droits réservés — et le domaine public — sans droits réservés. Ces licences vous aident à conserver votre droit d'auteur tout en autorisant par avance certains usages de votre travail — un copyright "certains droits réservés".” Creative Commons (http://creativecommons.org/) Creative Commons (fr) (http://fr.creativecommons.org/)
Contrairement à la GPL qui octroie par défaut à l'utilisateur une série de droits(la modification, la redistribution, l'usage commercial), les CC permettent à l'auteur de faire un choix parmi les droits qu'il/elle octroie aux utilisateur/trice/s.
On peut ainsi:
* octroyer le droit de modification d'une oeuvre ou non, * l'usage d'une oeuvre dans un cadre commercial ou non * et imposer ou non que les oeuvres dérivées soient distribuées sous les mêmes conditions.
Comment cela marche? (http://philippe.daigremont.free.fr/CreativeCommons/BD/comment_ca_marche/comment_ca_marche.html)
Les differents droits (http://philippe.daigremont.free.fr/CreativeCommons/BD/les_differents_droits/les_differents_droits.html)
Les licences CC ont un succès mondial retentissant. On compte par millions les productions publiées sous ces licences. CC a investi énormément de temps et d'effort pour convaincre des compagnies, des institutions, des groupes de mettre en place des services qui permettent d'ientifier les oeuvres qui sont publiées sous ces licences et quelle utilisation on peut en faire. Des sites internet célèbres comme archive.org (http://www.archive.org) ou flickr.com (http://www.flickr.com) mettent à disposition des oeuvres visuelles, sonores, animées, interactives. Les licences CC attachées à ses oeuvres s'adressent à vous, visiteur/euse, non comme consommateur/trice passif/ve, mais comme potentiellement acteur/trice. Voici ce que vous pouvez faire avec l'oeuvre. Les CC ont aussi promu et encouragé des sites internet qui permettent d'échanger des composantes sonores pour intégrer à vos montages, comme le projet freesound (http://freesound.iua.upf.edu/), des canaux de diffusion comme des télévisions web (Blip TV (http://blip.tv/file/531411?utm_source=featured_ep&utm_medium=featured_ep), GISS TV (http://www.giss.tv/), v2v (http://v2v.cc/))...
Enfin, les CC ont aussi convaincu les moteurs de recherche principaux comme yahoo, google d'avoir une option de recherche pour les contenus ouverts. On peut ainsi chercher sur le web des images, des pages web, etc qui correspondent aux permissions dont nous avons besoin: on peut chercher une image de "bison" que l'on peut modifier dans un cadre non-commercial, etc.
* Recherche d'image sur creativecommons.org (http://creativecommons.org/image/) * Creative Commons search on google (http://www.google.com/search?q=buffalo&as_rights=(cc_publicdomain|cc_attribute|cc_sharealike|cc_noncommercial).-(cc_nonderived)) * Creative Commons search on yahoo
Belgique
L'étendue des créations distribuées sous CC en Belgique est appréciable. Le site de journalisme indépendant Indymedia publie ses informations sous Creative Commons ainsi que manuel de Media Activisme intitulé Don't hate the media, be the media. La création musicale se diffuse à travers des portails comme electrobel qui regroupe les musicien/ne/s, bidouilleur/se/s de techno, ambient, breakbeat et autres trip-hop. Le panorama des créations musicales "certains droits réservés" est assez large. Il compte des musiciens expérimentaux comme les Martiens Go Home, des adeptes de la micro-music comme Lo-bat ou du rock instrumental comme Pentark. (voir aussi jamendo). De la musique à la radio, il n'y a qu'un pas. En plus des émissions radio qui traitent en profondeur des questions de droit d'auteur(La fibre du libre sur Radio Campus, Bruxelles, Biens Communs sur Air Libre, Bruxelles, de nombreuses émissions sur Radio Centraal à Anvers ainsi que Panik à Bruxelles), la communauté des radios libres s'est organisée autour d'un système d'échange d'émissions appelé Radioswap. Ce portail sert à la fois de guichet d'échange pour les radios, mais aussi de diffuseur pour les émissions taggées avec une licence de diffusion ouverte. Une autre initiative radio qui utilise systématiquement des licences CC est Silence Radio, un espace d'écoute dédié à la création radiophonique contemporaine. Je concluerai ce rapide et incomplet tour d'horizon de l'usage des CC en Belgique par des projets de livres: How Open is the Future? publié par la VUB(Université Libre Flamande de Bruxelles) qui regroupe des essais de différent/e/s penseur/se/s sur l'évolution de la création scientifique dans la perspective du logiciel libre. Le livre issu du projet Stadschromosomen initié par Chips vzw, un projet de récit de ville composé par envoi de SMS.(voir références plus bas). Et les supports pédagogiques du Réseau Ada, femmes et technologies, pour la formation aux nouvelles technologies.
Références
Images
les photos de la zinneke
>> http://www.zinneke.org/site/rubrique.php3?id_rubrique=104&lang=fr
Journalisme
- Indymedia (http://www.indymedia.be/fr)
- Media Activisme (http://www.media-activisme.be/)
Musique
- Electrobel (http://www.electrobel.be/)
- Lo-bat (http://www.lo-bat.be/)
- Martiens Go Home (http://constant.all2all.org/~mgh/index.htm)
- Pentark (http://www.pentark.be/pageAUDIO_avril06.htm)
Certains membres ont déjà gagné pas mal de concours jeunes talents (court circuit, verdur rock,...)
Partitions Musicales
- Mark Van den Borre (http://markvdb.be/partituren.php)
- Mutopia project (http://www.mutopiaproject.org/legal.html)
Radio
- Radioswap (http://www.radioswap.net)
- Silence Radio (http://www.silenceradio.org/index_html.php?)
Textes
- "How Open is the Future? Economic, Social & Cultural Scenarios inspired by Free and Open Source Software."
http://crosstalks.vub.ac.be/publications/
- Stadschromosomen (http://www.stadschromosomen.be/)
Régulièrement dans le cadre de Constant, nous sommes amenés à publier, diffuser des productions. Voici deux exemples dans lesquels nous utilisons les Creative Commons.
L'exemple du black book
Constant organise chaque année Jonctions, un festival qui réunit des artistes, des technicien/ne/s, des hobbyistes, des théoricien/ne/s, des activistes autour de questions politiques et artistiques qui touchent les technologies digitales. Une des idées fortes de la septième édition du festival était de comprendre comment les autres artistes faisaient pour vivre. Comment ils/elles créaient, comment ils/elles réunissaient les conditions nécessaires à leur production, à la diffusion de leurs oeuvres, comment ils/elles définissaient leurs outils ou laissaient leurs outils les définir. Les traces des ateliers, discussions, performances et concerts ont été recueillies dans un livre augmenté de deux CDs et d'un poster qui contient un système d'exploitation, de mixes, du patron d'une robe, de manuels, toutes chose qui ne sont pas seulement des ressources mais aussi des incitants à faire. Le point commun des contributeur/trice/s de ce livre est que tous et toutes acceptaient de se questionner sur leurs stratégies de survie artistique. Cela ne signifiait en rien que chacun/e adoptait les mêmes stratégies. Il allait donc de soi que chaque contributeur/trice choisisse sa licence en fonction de sa propre réflexion. Lorsque nous leur avons proposé de participer à cet ouvrage, nous leur avons demandé que leur contribution puisse être copiée gratuitement: à eux et à elles de définir dans quelles conditions. Les conditions auxquelles les différentes composantes du livre étaient diffusées reflétaient les différentes options des participant/e/s autant que leurs textes.
L'exemple de Stitch And Split
Le deuxième exemple est lié au projet Stitch And Split qui traite des territoires et des identités dans la science-fiction. Stitch and Split est constitué de films de science-fiction populaires et expérimentaux combinés à des conférences et présentations de cinéastes, théoricien/ne/s et fans. Ce projet a voyagé dans différents pays et différentes villes: Barcelona, Sevilla, Bruxelles, Anvers.
Deux publications ont accompagné ces périgrinations. Une première fois avec la fondation Tàpies à Barcelone. Une seconde fois avec Andere Sinema, un magazine media néerlandophone en parallèle aux activités organisées au MUHKA.
De quoi sont constituées ces publications? De textes écrits pour les conférences ainsi que de fictions, des nouvelles. Dans chacun des cas de figure, l'éditeur a son fonctionnement particulier: la fondation Tàpies acquiert les droits de diffusion pour deux ans sur les textes, Andere Sinema stipule une notice de droit assez restrictive. Aucun des deux éditeurs ne s'est opposé à une discussion sur une possibilité de diffusion gratuite des textes en parallèle à la publication papier. Les auteurs dont plusieurs vivent de leur plume ont eux aussi leurs propres exigences et leurs contraintes. Ils/elles sont attachés à d'autres maisons d'édition, etc. Certains qui abordent des questions politiques épineuses sont très inquiets de voir leur texte diffamé. Dans un tel contexte, la flexibilité des Creative Commons est très appréciable. Elle permet de réunir autour de la même table des individus, des groupes et des institutions aux fonctionnements différents et parfois divergents. Et de s'accorder sur plus de souplesse, sur une ouverture modérée.
Ainsi pour chacune de ces publications les originaux des textes sont disponibles sur notre site web. Vous pouvez donc acheter la revue si vous désirez jouir du confort de l'imprimé et de la définition des images, accrocher le poster à votre mur. Vous pouvez aussi envoyer le texte à un/e ami/e, le distribuer à votre classe, le publier dans votre fanzine gratuit. Nous sommes loin de la toute liberté que l'on trouve dans la GPL ou dans la LAL. Si vous voulez intégrer ces textes dans une publication commerciale ou en produire des versions modifiées, vous devrez entreprendre des démarches en vue d'obtenir des permissions supplémentaires. Pourtant si nous tenons compte de la différence des pratiques, de la divergence des intérêts en jeu dans de telles publications, nous devons reconnaître que l'existence de ces licences rend une diffusion gratuite possible. Mais peut-être plus important, elles amènent des acteur/trice/s culturel/le/s à discuter de leur pratique d'une manière plus explicite. Et encourage certain/e/s à octroyer davantage de libertés.
